Les actes notariés, quand on a la chance de les trouver, permettent de se faire une idée de la vie quotidienne de nos ancêtres. Dans les testaments, on trouve parfois la mention d’un legs à un domestique, une femme de chambre, précieux indice sur le niveau social du testateur.
Quand Geneviève Crelot dicte son testament le 22 septembre 1730, dans son hôtel particulier de la rue de Cléry, à Paris, à Maitre François Prevost, notaire, elle fait la part belle à sa domesticité, et me donne presque trois siècles plus tard la clef pour imaginer son quotidien.
Geneviève Crelot est la fille de Jacques Crelot, maître chirurgien, et la soeur d’Anne Crelot, épouse de Mathurin Goret. Les deux soeurs ont eu deux frères, François né à Nancy, et Charles, dont il est fait mention dans le Nobiliaire de la Lorraine, mais en septembre 1730, seule Anne est vivante, et héritière de Geneviève.
La majorité du patrimoine de Geneviève est donnée en nue propriété aux enfants d’Anne Angélique Goret, sa nièce, veuve de François Lebois Duclos, et la seule de ses neveu et nièces à avoir eu apparemment des enfants. Anne Angélique, légataire universelle, dispose de l’usufruit de cet héritage jusqu’à son décès.
Les pauvres malades de la paroisse Saint Eustache doivent recevoir un legs de 300 livres, payés en une fois entre les mains du curé de la paroisse. Sont mentionnés trois legs à ses autres neveu et nièces, enfants majeurs de sa soeur Anne : Jean Mathurin, Geneviève et Charlotte, qui doivent chacun recevoir une pension viagère annuelle de 300 livres. Sa nièce Françoise Goret n’est pas mentionnée, est ce une indication qu’elle est déjà décédée en décembre 1730 ? Je n’ai pour l’instant pas trouvé d’acte la concernant directement.
Le neveu de son époux décédé, le sieur Fortes, doit recevoir une pension viagère de cent livres. Son oncle, Jean de Valossière, est décédé 18 mois plus tôt, le 27 mai 1729. Si Geneviève était morte avant son époux, tout le patrimoine du couple lui serait revenu, mais le contrat de mariage entre Geneviève et Jean, en 1696, mettait en place une donation totale au survivant et donc un héritage de la totalité du patrimoine à la lignée du dernier survivant. Pas de chance …
Un legs est également prévu pour deux demoiselles, les soeurs Cambon, qui vivent semble t’il au domicile de Geneviève Crelot, sans que le testament permette de savoir si elles y assurent une fonction particulière, autre que lui tenir compagnie.
Viennent ensuite plusieurs legs au personnel qui fait vivre la maison de Geneviève Crelot, veuve de Valossière.
23 Donne et lègue à François de Golle homme d’affaires de ladite dame
24 testatrice et a marie offroy sa femme femme de chambre de
24 ladite dame testatrice et au survivant deux cinq cent livres de
25 rente en pension viagère de laquelle après le deceds du
26 dernier mourant d’eux quatre cent livres demeureront [.]
27 et les cent livres restants seront payé par chacune année
28 au frere Sulpice leur fils religieux clerc profex de saint
29 augustin déchaussés establis rue des victoires [.]
30 auquel elle en fait don et legue pour par luy en jouir sa
31 vie durant pour subvenir à ses besoins, conformément aux
32 règles de son ordre et sous le bon plaisir de ses supérieurs
33 ladite dame etant bien faschee que la modicité de sa fortune ne luy
34 permette pas de leur donner d autres marques de son affection
35 le sieur de Golle et sa femme l’ayant toujours servie avec beaucoup
36 de fidélité et de zèle; priant ledit frère Sulpice lorsqu’il
37 sera prestre de se ressouvenir d’elle dans le saint sacrifice de
38 la messe; donne et legue a ladite femme de Golle et a
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(3)
1 Marguerite Le Gand son autre femme de Chambre
2 à partager egallement entre elles, ce qui se trouvera
3 après son deceds dans sa garde robbe en habits et linge
4 qui [….] dont elle laisse
5 la disposition dudit sieur son executeur testamentaire, en
6 outre ladite dame testatrice donne et lègue a ladite
7 Marguerite Le Gand cent livres de rente en pension
8 viagère sa vie durant;
9 Donne et legue à Pierre Fleury son domestique la
10 somme de trois mil livres une fois payés en consideration
11 des services qu’il luy a rendus
12 donne et lègue à anne faurel ditte suenose sa cuisinière
13 la somme de cinq cent livres une fois payé sy elle se
14 trouve à son service le jour de son deceds outre les gages
15 qui luy sont dus
16 donne et legue a charles pocher son cocher la somme de
17 cinq cent livres une fois payé outre ses gages [..]
18 pareillement se trouve a son service le jour de son deceds
19 donne et lègue à lafleur et gontier ses deux lacquais
20 a chacun d’eux la somme de trois cent livres une fois
21 payé pourvu qu’ils soient à son service
22 au jour de son decèds ce qui fait pour les deux six cent livres
23 Donne et legue à la nommée Yann Germain qui l’a autrefois
24 servi la somme de cent livre une fois payés [.]
25 que luy soit remise aussytot son deceds [..]
26 [.] logée par charité et nourie jamais entendu [.]
27 […] la garde de la chambre qu’elle occupe en
28 la maison de ladite dame,
Si certains de mes lecteurs peuvent m’aider à finir la transcription de cette partie de l’acte, je les remercie d’avance. Certains mots résistent encore et toujours à ma compréhension.
Nous avons donc un homme de confiance, sorte de majordome, François de Golle, et son épouse femme de chambre, qui vont toucher cinq cent livres de pension leur vie durant, ce qui représente une rente fort correcte en 1730. Sa seconde femme de chambre, Marguerite Le Gand, doit recevoir cent livres de rente, et les deux femmes de chambre se partageront la garde robe de Geneviève. Pierre Fleury, domestique, sans qu’on sache précisément quelle fonction il occupe dans la maison, doit toucher 3 000 mille livres en un seul versement. La cuisinière Anne Faurel recevra 500 livres en plus des gages qui lui sont dûs. Charles Pocher, le cocher, recevra lui aussi 500 livres. Les deux laquais, Lafleur et Gontier – des noms de laquais de roman d’aventure – recevront chacun trois cent livres. Enfin, une vieille servante, Yann Germain, habite encore chez Geneviève Crelot, bien qu’apparemment son âge ne lui permette plus de servir. Geneviève veille dans son testament à ce que le gite et le couvert de cette vieille domestique fidèle reste assuré. J’aime bien ce que je lis à travers ces lignes, cette volonté de prendre soin des siens, aussi bien de sa famille que des domestiques qui l’ont servie.
Récapitulons : 1 majordome, 2 femmes de chambre, 1 domestique, 1 cuisinière, 1 cocher, 2 laquais, soit 8 personnes au service d’une personne. Je n’ai aucun moyen de savoir si le train de maison a diminué après le décès de Jean de Valossière 18 mois plus tôt, puisqu’il n’y a pas eu d’inventaire après décès ou de testament. Mais même pour un couple, sachant qu’il ne s’agit que de domesticité urbaine, et non de domestique travaillant à valoriser l’outil de production – atelier ou exploitation agricole – huit domestiques c’est plutôt rare dans mon arbre généalogique.
Je ne sais pas ce qu’il est advenu de ces différents domestiques, sauf en ce qui concerne Marguerite Le Gand, que je retrouve dans un acte notarié d’août 1751. Elle a épousé un certain Sebastien Mombel, fabricant de bas, et habite rue du Four, paroisse St Sulpice. Marguerite Le Gand est intervenue pour obtenir le paiement de sa rente annuelle de 100 livres, que les héritiers de Geneviève Crelot avaient semble t’il arrêté de lui verser.
La lecture attentive d’un testament permet de mieux comprendre le niveau social d’un individu, mais aussi et surtout les relations qu’il entretient avec son entourage. Cette connaissance, on ne peut pas la lire d’un simple acte d’état civil. J’en viens presque à apprécier que les registres parisiens aient brûlé en 1871 et que cela m’oblige à approfondir mes recherches sur ma branche parisienne. Presque ….
Sources et liens
- Testament de Geneviève Crelot – Archives Nationales – Minutier Central des Notaires – MC/ET/XX/545
- Consentement entre la demoiselle Mombel et les sieur et demoiselle Landes – Archives Nationales – Minutier Central des Notaires – MC/ET/I/452
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